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Parc national de Hwange : au cœur du royaume des éléphants du Zimbabwe

Octobre, fin de saison sèche, quelque part dans l'ouest du Zimbabwe. Autour d'une mare aux eaux troubles, la poussière monte dans la lumière rasante tandis qu'une colonne grise émerge de la forêt de teck : une harde d'éléphants, puis une autre, puis une troisième. La scène se répète chaque soir dans le parc national de Hwange, le plus vaste espace protégé du pays avec environ 14 600 kilomètres carrés adossés à la frontière du Botswana. Le paradoxe de ce lieu tient en une phrase : aucune rivière permanente ne traverse le cœur du parc, et c'est pourtant ici que se rassemble l'une des plus fortes concentrations de grands mammifères d'Afrique australe.

Le géant du Zimbabwe

Hwange occupe une position de transition remarquable, là où les sables profonds du Kalahari rencontrent les forêts de feuillus du plateau zimbabwéen. Au sud et à l'ouest, des étendues sablonneuses portent des savanes herbeuses ponctuées de palmiers et d'acacias ; au nord et à l'est, des sols plus riches nourrissent des peuplements denses de teck du Zambèze et de mopane. Cette mosaïque d'habitats explique l'extraordinaire diversité du parc. Classé réserve de chasse à la fin des années 1920 avant de devenir parc national en 1961, Hwange tire son nom d'un chef local ; à l'époque coloniale, on l'appelait Wankie. Son premier gardien, Ted Davison, a passé des décennies à façonner le territoire et à résoudre le problème qui aurait pu le vider de sa faune : l'absence d'eau de surface pendant l'hiver austral. Aujourd'hui, le parc s'inscrit dans l'immense zone de conservation transfrontalière du Kavango-Zambèze, qui relie les grands espaces sauvages du Zimbabwe, du Botswana et de leurs voisins.

Des forages qui font vivre un écosystème

La clé de Hwange se trouve sous terre. Les pluies qui tombent entre novembre et mars ou avril s'infiltrent rapidement dans le sable au lieu de former des rivières, et les pans naturels, ces dépressions peu profondes qui se remplissent en saison humide, s'assèchent les uns après les autres au fil de l'hiver. Sans intervention humaine, les animaux devraient partir ou périr. Depuis l'époque de Davison, des forages puisent donc l'eau souterraine et alimentent un réseau de points d'eau artificiels, longtemps grâce à des pompes diesel et des éoliennes, de plus en plus souvent grâce à l'énergie solaire, entretenues par l'autorité des parcs et des partenaires privés de la conservation. Cette perfusion permanente façonne l'expérience du visiteur : ici, le safari consiste moins à courir après les animaux qu'à choisir un point d'eau, couper le moteur et attendre. En septembre et octobre, une seule mare peut recevoir dans l'après-midi des éléphants, des girafes, des zèbres, des koudous et des lions. Mais l'équation est fragile : si les pompes s'arrêtent, tout l'édifice vacille.

Des éléphants par dizaines de milliers

Hwange est avant tout une terre d'éléphants. Le parc abrite l'une des plus grandes populations du continent, et en saison sèche les effectifs se comptent en dizaines de milliers d'individus, les hardes circulant librement entre le Zimbabwe et le Botswana voisin. Le spectacle des mares est alors saisissant : les matriarches en tête, les éléphanteaux serrés entre les pattes des adultes, les groupes se succèdent du matin au soir, boivent, se baignent, se bousculent, puis se fondent à nouveau dans la forêt. Près de Main Camp, la plateforme surélevée du pan de Nyamandhlovu permet d'observer ce ballet pendant des heures. Une telle abondance soulève évidemment des questions difficiles : pression sur la végétation, dépendance à l'eau pompée, cohabitation avec les communautés installées en lisière du parc. Hwange est ainsi devenu l'un des lieux où se joue, très concrètement, le débat sur la gestion des éléphants en Afrique australe.

Le lycaon, fantôme des forêts de teck

Si l'éléphant incarne l'abondance de Hwange, le lycaon en est le trésor le plus rare. Ce canidé au pelage marbré de fauve, de noir et de blanc, parfois surnommé loup peint, figure parmi les grands carnivores les plus menacés d'Afrique : il ne reste que quelques milliers d'individus à l'état sauvage. Hwange et les forêts qui l'entourent constituent l'un de ses derniers bastions importants. Les meutes y chassent l'impala et le koudou en parcourant chaque jour des distances considérables, avec une coordination qui en fait des prédateurs d'une redoutable efficacité. Près du village de Dete, en bordure du parc, l'organisation Painted Dog Conservation travaille depuis de longues années à leur protection : patrouilles anti-braconnage, centre de réhabilitation pour les animaux blessés par les collets ou les véhicules, programmes pédagogiques dans les écoles de la région. Aucune observation n'est garantie, car les lycaons sont d'infatigables nomades, mais assister au rituel de salutations d'une meute avant le départ en chasse compte parmi les plus grands privilèges qu'un safari puisse offrir.

Cecil et les lions de Hwange

Les lions du parc ont fait le tour du monde en 2015, lorsqu'un grand mâle à la crinière sombre nommé Cecil a été abattu par un chasseur de trophées après avoir franchi la limite du parc. Cecil portait un collier de suivi posé par l'unité de recherche sur la conservation de la faune de l'université d'Oxford, qui étudie les lions de Hwange depuis de nombreuses années, et sa mort a déclenché une controverse planétaire sur la chasse aux trophées dont l'écho ne s'est jamais tout à fait éteint. Au-delà des gros titres, ces recherches ont transformé la compréhension du comportement des lions dans ce paysage organisé autour des points d'eau : les troupes s'ancrent près des mares fiables, les mâles patrouillent d'immenses territoires, et la lisière du parc demeure l'endroit le plus dangereux qu'un lion de Hwange puisse fréquenter. Pour le visiteur, les observations restent régulières dans les secteurs classiques, et le rugissement des mâles dans la nuit demeure l'une des grandes émotions du parc.

Une faune foisonnante au-delà des vedettes

Réduire Hwange à ses éléphants et à ses prédateurs serait passer à côté de sa richesse. Une centaine d'espèces de mammifères y a été recensée, et le second rôle vaut largement le détour. Le parc est l'un des meilleurs endroits du Zimbabwe pour observer l'hippotrague noir et l'hippotrague rouan, deux antilopes aussi splendides que discrètes. D'énormes troupeaux de buffles, des girafes, des zèbres, des gnous et des élands circulent entre les mares ; la hyène tachetée côtoie la rare hyène brune, hôte typique des marges du Kalahari, tandis que léopards et guépards occupent chacun leur niche. Les ornithologues ne sont pas en reste : environ quatre cents espèces d'oiseaux ont été notées, du calao de Bradfield dans les bois aux cigognes, hérons et rapaces qui animent les pans inondés de la saison des pluies. Une journée entière passée près d'un seul point d'eau peut produire une liste d'espèces qu'ailleurs on mettrait une semaine à réunir.

Préparer sa visite : saisons, camps et accès

Le parc change complètement de visage au fil de l'année. De mai à octobre environ, la saison sèche concentre la faune autour des points d'eau pompés ; les nuits de juin et juillet peuvent être glaciales, et septembre comme octobre offrent les observations les plus spectaculaires. Les pluies, de novembre à mars ou avril, transforment Hwange en une savane verte et fleurie où les animaux se dispersent, mais où naissent les antilopes et où affluent les oiseaux migrateurs, sous des ciels d'orage superbes et avec bien moins de véhicules. Trois régions structurent traditionnellement la visite : Main Camp au nord-est, sur la route reliant Bulawayo aux chutes Victoria, Sinamatella sur sa crête panoramique au nord, et Robins Camp au nord-ouest. Au sud, des concessions privées accueillent des camps de safari proposant safaris guidés, marches dans le bush et affûts aménagés au bord de l'eau. Depuis les chutes Victoria, quelques heures de route suffisent pour rejoindre le parc, ce qui fait de Hwange l'une des grandes étendues sauvages les plus accessibles de la région.

Sur la carte

L'échelle de Hwange se comprend mieux en un coup d'œil qu'en mille mots. Ouvrez la carte interactive pour situer le parc dans l'ouest du Zimbabwe, entre les chutes Victoria au nord, la frontière du Botswana à l'ouest et les sables du Kalahari qui le portent. Vous pourrez y repérer les axes d'accès, comparer Hwange aux autres parcs de la région du Zambèze et commencer à tracer un itinéraire à la hauteur du plus grand sanctuaire de faune du Zimbabwe.